One Year on a Bike : slow travel pour cyclistes confirmés    

Le 16 avril 2015, Martijn Doolaard a laissé sa voiture au garage et s’est lancé dans une aventure à vélo d’un an, d’Amsterdam à Singapour. Il a narré ce qu’il a vécu dans un livre, riche en photos époustouflantes : « One Year on a Bike », un compte rendu inspirant d’un « trip » inoubliable. Nous lui avons demandé de descendre quelques instants de son deux-roues pour évoquer cette année de pérégrinations.

Pourquoi avoir choisi de partir en voyage à vélo?

« Auparavant, je les voyais passer si souvent durant mes voyages en voiture : des cyclistes pédalant par tous les temps sur des vélos chargés comme des baudets. « Qu’est-ce qui les anime donc ? », pensais-je à chaque fois. Mais lorsque j’ai lu un article sur deux frères qui ont été à vélo de Berlin à Shanghai, j’ai commencé à rêver à mon propre voyage sur deux-roues. La liberté, la simplicité, the open road… Ce n’est pas tellement le cyclisme qui m’attire que l’escapade sous toutes ses facettes.

 

Dans la vie quotidienne, nous tournons continuellement en rond, alors que je veux précisément aller de l’avant : découvrir chaque jour une nouvelle perspective pour rompre cette routine. À vélo, de surcroît, on peut voyager beaucoup plus lentement et donc voir bien davantage. Et puis, j’adore manger, dormir et vivre en plein air. »

Photography by Martijn Doolaard, from One Year on a Bike, Copyright Gestalten 2017

Comment prépare-t-on un voyage à vélo d’un an?

« Dès que j’ai pris ma décision, je me suis lancé dans des grandes recherches sur Internet. Je ne compte pas les blogs et les récits de voyage que j’ai lus pour savoir le type de vélo, de sacs et d’équipements de camping léger dont j’avais besoin. Un voyage d’essai jusque dans les Alpes suisses m'a décidé : au cœur de l’hiver, j’ai roulé à vélo durant seize jours d’Amsterdam à Andermatt, où je me suis hissé sur un sommet. J’ai eu la certitude à ce moment-là que je pourrais y arriver.

De retour au bercail, j’ai enchaîné les boulots pour doper mon budget voyage. Une fois que j’ai assez épargné, j’ai dit au revoir à ma famille et mes amis et je suis parti à vélo, en route vers Singapour. »

Quels ont été les grands moments de votre voyage?

« Question difficile… Un si long voyage est en effet jalonné de moments exceptionnels. Et puis, chaque pays a ses bons côtés. Les gens les plus amicaux et hospitaliers, je les ai rencontrés en Iran où l’architecture, le paysage et la culture séculaire sont si particuliers, si étrangers à ce que nous connaissons en Occident. Pas toujours facile à appréhender, mais en tout cas mémorable. La Turquie, le Kirghizistan, la Birmanie et l’Inde m’ont beaucoup plu également. »

Photography by Martijn Doolaard, from One Year on a Bike, Copyright Gestalten 2017

Avez-vous vécu également des moments difficiles?

« Passer de longues journées sur la selle produit un effet d’hypnose. Les mêmes mouvements répétitifs, de longues heures d’une traite, interrompues uniquement par de courtes pauses à une station-service… Des routes sans fin où le décor se résume à peu de choses… On finit par se dire : qu’est-ce que je fais ici ? Dans de tels moments, on en oublie parfois la beauté du paysage et il faut vraiment se ressaisir pour repartir.

 

J’ai constaté également que j’avais vraiment besoin de garder le contact avec mes proches. Une longue période sans Wi-Fi m’a rendu nostalgique du bercail. Un trip en solo aussi long produit des montagnes russes émotionnelles : on vit tant de moments fantastiques, agrémentés de rencontres avec une telle diversité de personnes attachantes qu’il faut pourtant quitter à chaque fois pour poursuivre sa route. »

Vous êtes-vous retrouvé parfois dans des situations dangereuses?

« Lorsque j’étais en Turquie, j’ai roulé un soir le long du grand lac salé Tuz Gölü pour réaliser une vidéo en accéléré d’un coucher du soleil, avec uniquement ma caméra et son trépied dans le sac du vélo. De retour, il faisait nuit noire et, 200 mètres environ avant mon hôtel, deux chiens errants ont accouru vers moi en aboyant et grognant. Je pouvais voir leurs yeux briller dans l’obscurité.

Plus je m’approchais de l’hôtel, plus nombreux étaient les chiens tout près de moi. Ils ont fini par m’encercler complètement. En criant et en agitant le trépied de caméra, je pouvais tout de même les maintenir à distance. Cette soirée aurait pu très mal se terminer si je n’avais pas reçu l’aide d’un voisin équipé d’une lampe de poche. »

Photography by Martijn Doolaard, from One Year on a Bike, Copyright Gestalten 2017

Qu’avez-vous appris au cours de votre année à vélo?

« Au début du voyage, je me sentais parfois déboussolé, à me retrouver sans domicile fixe, ni point de chute. ». Où allais-je passer la nuit ? Entre-temps, j’ai acquis la conviction qu’après avoir dressé sa tente, on peut se sentir ‘chez soi’ partout dans le monde. Voyager sans itinéraire précis, sans plan et sans but vous apprend à vivre au jour le jour, à vous ouvrir à l’inattendu. J’ai ainsi surmonté plusieurs angoisses : après avoir entendu et lu ce qu’en disent les médias, on entre à vélo dans un pays comme l’Iran avec une certaine inquiétude. Était-ce bien sage de voyager tout seul dans de telles régions ? Mais je n’ai jamais rencontré de problèmes, nulle part.

J’ai toujours été accueilli par des gens amicaux, curieux et hospitaliers. Nous vivons dans un meilleur monde que nous le pensons. C’est une leçon que j’applique depuis lors chez moi, à Amsterdam. »

 

La fièvre des voyages est, semble-t-il, incurable. En ce moment, Martijn est parti de Vancouver pour se rendre en Patagonie… oui, oui, à vélo. 

>> Suivez ses aventures sur www.espiritu-libre.com

One Year on a Bike : les chiffres

  • Distance totale d’Amsterdam à Singapour : 16.032 km
  • Jours passés à vélo : 212
  • Vitesse moyenne : 17 km/h
  • Distance max. en un jour : 154 km (en Turquie)
  • Poids max. du vélo : 62 kg
  • Nombre de pneus crevés : 7
  • Nombre de chaînes cassées : 4

Une année passée à vélo produit d’innombrables rencontres magnifiques que Martijn a racontées dans ce chouette film : 

Photography by Martijn Doolaard, from One Year on a Bike, Copyright Gestalten 2017