🕒 Temps de lecture : 8 minutes

Une ronde avec le garde forestier en période de coronavirus

Avec la crise du coronavirus, tout le monde vit une époque étrange. Heureusement que la nature environnante est toujours là. Le bois ou la bruyère du coin de la rue nous accueillent quand nous n’en pouvons plus de rester chez nous. Merci aux gardes forestiers qui en assurent la gestion ! Nous avons accompagné l’un d’entre eux pour sa ronde dans la périphérie verte d’Anvers.


Le silence

« Vous entendez ça ? », demande Lucas Bergmans. Nous venons de sortir de la forêt qui entoure le château d’Ertbrugge, un magnifique domaine végétal historique à la frontière de Deurne et de Wijnegem, et nous tendons l’oreille. Dans les buissons, un petit oiseau gazouille avec entrain. La Houtlaan, habituellement très animée, bourdonne de tranquillité. « Normalement, ce bruit de fond est au moins deux fois plus fort », dit Lucas. Cette amplification du silence est, selon lui, la plus grande richesse naturelle de cette période. « Le bruit est un problème sous-estimé. Il génère du stress pour l’humain et l’animal. Le bruit de fond est épuisant, même inconsciemment, alors que le silence est apaisant. »

 

Et, dit-il franchement, on entend bien mieux les oiseaux maintenant. « Des études démontrent que les oiseaux, comme les merles et les rossignols, sifflent plus fort le long des routes très fréquentées, ils essaient de s’élever au-dessus du bruit. Ils ont moins d’efforts à faire en ce moment. » Lucas inspire et expire profondément. La qualité de l’air s’est considérablement améliorée depuis que la voiture n’est plus autorisée que pour les trajets essentiels. Même Anvers et Bruxelles, qui ne sont généralement pas des villes où les asthmatiques aiment s’oxygéner les poumons, enregistrent une meilleure qualité de l’air.


Le bruit est un problème sous-estimé. Il génère du stress pour l’humain et l’animal. Le bruit de fond est épuisant, même inconsciemment, alors que le silence est apaisant. 


Cela fait visiblement du bien à Lucas. À l’âge de douze ans, il a trouvé dans la bibliothèque de ses parents un guide d’ornithologie et a pris la ferme résolution d’observer tous les oiseaux illustrés dans le livre, ce qui a fait de lui un ami de la nature. Mais aujourd’hui, ce n’est pas tout à fait pour profiter de la nature qu’il est là. En tant que garde forestier de l’Agence flamande pour la nature et les forêts, Lucas a une tâche importante pendant cette crise du coronavirus.


Un refuge propice

Avant d’en parler, menons l’enquête : avez-vous comme nous une image d’Épinal de la vie du garde forestier ? Celui qui capture les braconniers et sirote son café dans une cabane à l’orée du bois ? Nous ne voulons pas briser vos rêves de bouleversement de carrière, mais cette image bucolique ne correspond pas tout à fait à la réalité. 

 

Pour commencer, le champ d’action de Lucas ne se limite pas à une seule forêt. Il est le garde de nombreux espaces naturels, tous situés dans la périphérie d’Anvers. Par ailleurs, son job implique pas mal de travail administratif. « Je passe facilement la moitié de la journée devant l’ordinateur », dit-il. De plus, le garde forestier est surtout un gestionnaire à l’heure actuelle. En entretenant ses espaces naturels de manière judicieuse, par exemple en les moissonnant, Lucas essaie de stimuler leur biodiversité et de les garder accessibles aux visiteurs.

 

Mais en période de coronavirus, c’est la surveillance qui devient prioritaire. « Les gardes forestiers ont beaucoup de liberté, mais aussi la grande responsabilité que tout se passe bien », dit-il. « Assurer l’hygiène et la sécurité dans les espaces naturels fait actuellement partie de nos tâches principales. » Par hygiène, il entend la lutte contre les dépôts clandestins. La sécurité, c’est plus évident : Lucas doit encourager les gens à être responsables lorsqu’ils viennent marcher, faire du vélo ou courir dans la nature.


Les gardes forestiers ont beaucoup de liberté, mais aussi la grande responsabilité que tout se passe bien.


C’est nécessaire. Maintenant que nous restons tous chez nous, comme nous ne pouvons pas jouer au tennis, nager ou boire un verre avec des amis, nous cherchons notre petit bonheur ailleurs. La nature de proximité n’a jamais été un refuge aussi propice qu’aujourd’hui. Par exemple, la région d’Ertbrugge, où nous rencontrons le forestier. Ce paysage protégé, un patchwork coloré de forêts, plaines, domaines, châteaux et fermes, est situé entre le centre commercial de Wijnegem et le Bosuil, siège du FC Anvers. Il va sans dire que les fans de shopping et les amateurs de foot se tournent vers la nature par manque de divertissement. « Il y a plus de monde que d’habitude dans nos espaces naturels », confirme Lucas. « Au lieu de faire une brocante ou d’aller voir un match de foot, les gens viennent se promener ici. »

 

Au début du confinement, cela risquait de poser des problèmes dans les zones les plus fréquentées. Les règles de distanciation sociale étaient difficiles à respecter. À un certain moment, l’entrée de la Kalmthoutse Heide, où Lucas renforce actuellement la patrouille du soir, était aussi animée que le Meir. C’était noir de monde. C’est pourquoi il est plus que jamais indispensable de suivre cette règle : profitez de la nature, avec plaisir, mais restez près de chez vous.

 

Maintenant que les règles sont plus claires, les gardes forestiers ont la situation en main. Alors que les policiers s’occupent des rues et des places, Lucas et ses collègues patrouillent dans la nature. En tant qu’agents de la police judiciaire, ils ont le droit d’infliger des contraventions et portent même une matraque et une bombe lacrymogène. « Mais notre voix est notre arme la plus puissante », nous dit Lucas. « Surtout en ce moment. Si vous affrontez les gens de manière trop directe, vous devez vous approcher d’eux, ce qui ne donne pas vraiment le meilleur exemple. C’est pourquoi nous préférons sensibiliser les gens. »



Qui est Lucas Bergmans ?

•    Il devient garde forestier à l’Agence flamande pour la nature et les forêts en 2005.

•    Outre Ertbrugge, il est aussi responsable de 6 autres espaces naturels dans la périphérie d’Anvers. 

•    Il conseille la ville d’Anvers à propos de la nature urbaine, notamment les martinets noirs.

•    Il fait partie du groupe de travail sur les loups à l’Agence flamande pour la nature et les forêts.

•    Il est administrateur de Wilde Dieren In Nood, un refuge à Brasschaat/Kapellen.

•    Il renforce l’équipe de surveillance de la Kalmthoutse Heide pendant la période du coronavirus.



Garder ses distances

Entre-temps, nous nous promenons le long d’une ancienne drève de tilleuls, qui était historiquement l’allée du château. Lucas indique deux rangées d’arbres penchés de chaque côté du chemin de sable. « Certains châteaux avaient trois rangées. Plus l’allée est large, plus le seigneur du château est important. » Après quoi il sourit : « Moi, je n’ai qu’une allée étroite. »

 

Au bout de la drève, des trams et voitures passent à toute vitesse. Ce n’est que maintenant que la proximité de la ville devient palpable. C’est aussi la raison des allées et venues de joggeurs, de promeneurs et de riverains qui promènent leur chien. « Ici, c’est une vraie nature de proximité », dit Lucas, tandis qu’il agrafe sur un panneau d’information une affiche plastifiée avec des directives pour le coronavirus. « La plupart des gens qui viennent ici sont de bonne volonté et respectent les règles. »

 

Tout d’abord, en restant chez eux et en ne sortant que pour l’essentiel, pour faire des courses ou se promener quand ils étouffent entre leurs quatre murs. Pourtant, selon Lucas, cela ne peut pas faire de mal de rappeler à chacun de tenir ses distances. « Quand les gens rencontrent leur voisin en forêt, ils sont tentés de s’arrêter pour discuter. Ils ont alors tendance à se rapprocher. Surtout les personnes âgées qui sont un peu sourdes. »



La plupart des gens sont de bonne volonté, mais ça ne peut pas faire de mal de leur rappeler les règles. 

C’est ce que nous constatons lorsque nous croisons deux dames avec un chien en laisse. Elles sont un peu trop rapprochées. « Gardez vos distances si vous ne vivez pas ensemble », leur dit gentiment Lucas. Un couple âgé, venant de la direction opposée, pense que la directive lui est adressée. « Nous sommes mariés depuis quarante ans », répond vivement la dame.

 

Alors que le chien jappe à en perdre la tête — « vous l’avez dressé contre les gardes forestiers ? » — Lucas discute avec ses maîtresses. Oui, elles se lavent régulièrement les mains et oui, elles ne se promènent qu’avec une seule personne désignée. « Nous sommes contentes de vous voir, monsieur le garde forestier, car il y a des chiens en liberté », dit l’une des dames. « Nous avons fait demi-tour, parce que nous avons cru voir un loup. »


Besoin d’une « papote »

Selon Lucas, les gens ont davantage besoin d’une « papote » en ces temps difficiles. Non seulement pour se plaindre des chiens errants ou des voitures mal garées, mais aussi par besoin de lien social. L’être humain est un animal social. Chercher le contact est un instinct que nous devons refouler en ce moment. « Il y a quelque temps, un fermier est venu vers moi pour me serrer la main. « Il a été très surpris de m’entendre crier qu’il devait s’arrêter. » Après cette période de coronavirus, Lucas aimerait se spécialiser en communication de crise, pour s’adresser aux gens de manière encore plus claire et juste.

 

Parfois, sa tâche quotidienne équivaut à du travail social. Nous empruntons un petit sentier sauvage et nous frayons un chemin à travers un feuillage dense. Cette zone boisée n’a été plantée qu’en 2007 dans le cadre de l’action contre le cancer, Kom Op Tegen Kanker. « Les arbres sont très rapprochés ici, beaucoup plus proches que dans la nature. C’est parce que nous voulons les faire pousser en hauteur le plus vite possible. » Il pointe des chênes avec une marque bleue. Des arbres du futur auxquels il veut donner de l’espace pour pousser. D’autres devront y passer ou être élagués. C’est aussi ça le travail du garde forestier : aider la nature dans son développement.



Mais en fait, dit Lucas, il est passé ici pour voir s’il n’y avait pas de campement. Tout près de la ville, il arrive parfois qu’un sans-abri monte une tente en pleine nature. « Ce sont souvent des cas déchirants. Il faut aborder ces personnes avec humanité. D’habitude, j’essaie d’abord le dialogue. Je leur explique qu’ils ne peuvent pas rester ici, mais en essayant ensuite de chercher une structure d’accueil. De plus, si je trouve une tente, je n’ai pas le droit d’y entrer sans raison. Ce serait une violation de domicile. »


Le printemps continue

Tout au long de la promenade, Lucas se révèle être une encyclopédie ambulante du monde naturel. Il nous montre toute la flore du printemps. Le printemps ne se soucie manifestement pas du coronavirus. Voici un petit essaim de primevères élancées, qui « ont profité de la lumière du soleil avant que les arbres ne soient feuillus. » Voilà un bouquet de ficaires, un quart de mètre carré de lierre terrestre et les derniers soubresauts de l’ajonc, une plante à floraison précoce dont les fleurs jaunes ont déjà pointé le bout de leur nez au mois de janvier.

 

Lucas attire notre attention sur quelques jacinthes sauvages. Vous voyez, ces petites fleurs mauves qui, à cette époque de l’année, recouvrent le bois de Hal et autres Bois Musicaux d’un joli tapis coloré. En 2020, le spectacle était largement réservé aux riverains. Mais avec un peu de chance, vous pourrez contempler cette merveille, ou une version plus modeste de celle-ci, dans votre forêt locale. Un peu plus loin, nous admirons des anémones des bois en fleurs. « Leur présence prouve que cette forêt est ancienne. Le château date du XVIIIe siècle, certains arbres ont donc peut-être 250 ou 300 ans. »


J’espère qu’après la crise du coronavirus, nous nous souviendrons de l’importance de la nature et des espaces verts de proximité. 


Avec cette surabondance de floraisons, on aurait tendance à penser que la crise du coronavirus fait du bien aux forêts, que la nature respire quand on met un bémol sur la pollution des humains. Aussi beau que cela puisse paraître, Lucas apporte une nuance à cette idée. Même si l’impact négatif du trafic est actuellement restreint, la sécheresse et les émissions de l’agriculture et de l’industrie continuent à avoir un impact considérable sur la nature.

 

« Nous avons l’impression que la nature revit, mais c’est peut-être notre regard qui a changé. Peut-être sommes-nous plus souvent en contact avec la nature et aussi plus attentifs », dit-il. Mais cette nature est là tout le temps, pour tout le monde. Même sans coronavirus. « C’est peut-être la leçon de cette crise : l’importance de la nature de proximité et des espaces verts près de chez soi. »


Comment profiter de la nature en période de coronavirus ?

Même en temps de crise, la nature est là pour vous. Compte tenu de la situation exceptionnelle, vous devez prendre quelques précautions.

  1. Dans tous les cas, préférez les espaces naturels proches de chez vous, idéalement à distance de marche. Vous manquez d’inspiration ? Consultez le site Internet de Natagora pour trouver de jolis coins près de chez vous. Peut-être allez-vous faire des découvertes.
  2. Prenez l’air et dégourdissez-vous les jambes, mais ne traînez pas. Vous pouvez profiter de la nature, mais votre pique-nique ou votre parcours d’exploration photo devra être reporté après la crise du coronavirus. « Il ne faut pas que ça devienne trop convivial », dit sévèrement Lucas.
  3. N’y allez qu’avec les membres de votre famille qui vivent sous le même toit. Ou choisissez un(e) seul(e) ami(e) avec qui vous allez marcher. Dans ce cas, gardez vos distances.

La marche est salutaire pour le corps et l’esprit. Jannique van Uffelen, professeure à la faculté des Sciences du mouvement et de la revalidation de la KU Leuven, nous parle des avantages de la marche. Marcher, c'est sain.

Pour bien profiter de votre promenade, il vous faut un bon équipement.

Consultez notre check-list pour randonneurs avant de partir.