L’écologue Wouter Helmer milite pour une Europe plus sauvage

C’est évident : nous voulons tous davantage de nature vierge. Mais comment faire ? Heureusement, Wouter Helmer (60), écologue, connaît la réponse à cette question et y travaille activement. En 2011 déjà, il fondait Rewilding Europe en coopération avec quelques-uns de ses collègues. « D’ici 2022, nous voulons créer plus de 1 million d’hectares de nature sauvage ».

Le Rewilding ou retour à la nature sauvage est le processus grâce auquel les écosystèmes vont davantage jouer un rôle prédominant, mais de telle façon que l’homme et la société modernes puissent créer de nouveaux liens avec cette nature. Wouter n’est pas étranger à cela. En 1989, il a cofondé Stichting ARK, aujourd’hui plusieurs fois récompensé, qui se consacre à la préservation et au développement de la nature aux Pays-Bas. 


Point charnière pour l’Europe

Alors, pourquoi avoir créé Rewilding Europe en 2011 ? «  J’avais constaté depuis un certain temps que nous avions atteint dans notre société européenne un point charnière », dit Wouter. « En effet, les paysans traditionnels désertent les campagnes, laissant derrière eux une superficie jamais vue de terres inexploitées. » Pour vous donner une idée : tous les trois ans, une superficie égale à la Belgique est abandonnée par de petites exploitations agricoles en faillite.

 

Les agriculteurs qui restent sont souvent des bio-ingénieurs diplômés qui gèrent efficacement leur entreprise et, dans la mesure du possible, de façon écologique. Cette jeune génération ne va pas peiner sur les terres comme ses parents. Son objectif est de produire autant que possible et de s’assurer une petite place sur le marché mondial. « Ils choisissent les terres agricoles les plus fertiles et laissent de côté les régions montagneuses et autres terres marginales. Il y a deux façons de réagir : soit se lamenter, soit saisir cette occasion pour explorer de nouvelles solutions. »


Qui est Wouter Helmer ?

Âge : 60

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Il obtient son diplôme d’écologue à l’université de Nimègue.

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Il cofonde Stichting ARK (Natuurontwikkeling).

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Il reçoit le prix Nature pour ses contributions exceptionnelles à la préservation et au développement de la nature aux Pays-Bas.

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Il participe à l’initiative pour Rewilding Europe.


L’écotourisme : très peu pour nous ?

Wouter a donc choisi la seconde option et a été aidé par le secteur de plus en plus en vogue de l’écotourisme. Car il s’avère que même pendant la crise économique, l’écotourisme a continué à se développer, avec une croissance moyenne de près de quatre pour cent par an. Les gens sont prêts à prendre l’avion pour aller en Afrique ou en Amérique voir une chute d’eau exceptionnelle, un canyon ou une espèce animale unique.


En Europe, on dénombre pas moins de 17 000 ours bruns et 12 000 loups.

« C’est formidable en soi, mais on oublie parfois que l’Europe aussi possède de nombreuses beautés naturelles. », ajoute Wouter. « Je dirais même plus : alors que l’on trouve dans les 48 états contigus des États-Unis 1 800 grizzlys et 5 500 loups, on dénombre en Europe — une région de superficie équivalente et avec une population beaucoup plus dense — pas moins de 17 000 ours bruns et 12 000 loups. On a tendance à penser que l’Europe est trop urbanisée pour pouvoir encore parler de vie sauvage, mais rien n’est moins vrai. »

 

Nos contrées aussi hébergent de nombreux animaux. Arriverez-vous à observer ces six animaux sauvages ?



La nature en Europe est un théâtre sans acteurs

Bref, l’Europe est confrontée à un problème d’image en matière de vie sauvage. Le but de Rewilding Europe est de dépoussiérer cette image en démontrant que l’on peut tout aussi bien observer des ours dans les Apennins ou des lynx ibériques en Espagne, et visiter Rome ou Madrid en prime. Les voyages mêlant culture et nature ne s’organisent nulle part ailleurs aussi facilement qu’en Europe. 

 

Le deuxième objectif de Rewilding Europe est de transmettre les informations nécessaires sur le développement de la nature et les nouvelles formes de gestion de l’eau et des forêts, parce que les décideurs politiques et les jeunes en âge scolaire n’ont que peu de connaissances en la matière. Nous mettons en place des visites dans les écoles et tentons de peser sur le politique en montrant comment s’y prendre autrement. 

 

Wouter nuance : « Et en respectant toujours les écosystèmes d’origine, sans perdre de vue la réalité économique pour autant. » Les grands animaux (prédateurs), par exemple, sont très attrayants, mais on ne peut pas les larguer comme ça n’importe où. « Nous n’allons pas réintroduire des éléphants dans une région qui n’en a jamais eu. »


La nature en Europe est un théâtre sans acteurs. Notre but est d’inviter les bons acteurs dans les bons théâtres.

Rewilding Europe en action

Comment se passe le rewilding en Europe ? « En 2011, nous avons voulu savoir s’il y avait un intérêt pour notre projet, pour la mise en œuvre de notre savoir-faire dans telle ou telle région. Nous avons reçu plus de 30 réponses venant de partout en Europe », dit Wouter en riant.

 

Du delta du Danube aux Carpates méridionales, en passant par la Laponie : Wouter et ses collègues ont déjà fait un travail utile dans huit régions. Par exemple, ils ont réintroduit le bison d’Europe en Roumanie et ont aboli la chasse dans une bonne moitié d’une zone de 17 000 hectares en Croatie. Pour ce faire, ils doivent compter sur un solide ancrage local et une large adhésion sociale. 

 

Wouter raconte : « La chasse aux chamois et aux cerfs est suspendue pour dix ans en Croatie, parce que nous avons pu convaincre la population locale qu’un animal vivant pouvait leur rapporter beaucoup plus qu’un animal mort. Une intervention relativement mineure suffit souvent pour rectifier ce qui a été mal géré dans le passé. » 


Nous comptons sur un solide ancrage local et une large adhésion sociale.


Les fiertés en Europe

Avec tant de grands projets à son actif, nous sommes curieux de savoir lequel le rend le plus fier. Ou du moins les trois premiers, car le choix n’est pas facile. « La zone naturelle dans la vallée du Côa, au nord du Portugal a été transformée par mes collègues et moi en une véritable zone témoin. Des chevaux et des bœufs sauvages sont les figurants d’un paysage très diversifié qui fait même la place aux loups et aux vautours », s’enthousiasme Wouter. 

 

En outre, il semble que ce paysage en mosaïque soit beaucoup moins prédisposé aux grands incendies de forêt. Cela fait d’une pierre deux coups, car cela permet ainsi d’apporter une solution à un problème très actuel au Portugal.

 

Il poursuit : « En Laponie, 270 propriétaires fonciers ont joint leurs forces pour acheter les droits de pêche sur la rivière Rane, longue de 210 kilomètres. Ils peuvent ainsi bannir la pêche non durable et appliquer leur propre modèle « catch & release » à la pêche au saumon et à la truite. Cela permet la croissance rapide de populations piscicoles et est bénéfique à long terme pour la nature comme pour l’économie.

 

Ce top trois est complété par un projet dans le delta du Danube. À l’époque du régime communiste, de nombreuses zones humides y ont été transformées en polders. En suivant strictement le modèle des Pays-Bas, avec pour objectif d’encourager le développement de l’agriculture. 

 

Mais ce dont ils n’avaient pas tenu compte, c’est que l’évaporation dans le delta du Danube est plus importante que les précipitations. Si l’on empêche le rinçage quotidien par l’eau douce, l’évaporation prend le dessus et le polder se salinise lentement mais sûrement. 

 

Heureusement, Wouter et son équipe ont pu trouver une solution : « La réponse est simple : il faut ouvrir ces barrages et faire en sorte que ces régions soient à nouveau inondées. On crée ainsi des zones de frai idéales pour les poissons, ce dont bénéficient autant l’homme que la nature. »


Le rewilding dans votre jardin

Tous ces beaux projets donnent envie de se retrousser les manches. Monsieur tout le monde peut-il également faire quelque chose pour rendre un tant soit peu son aspect sauvage à la nature ? Wouter n’a aucun doute : absolument ! 

 

Son conseil est le suivant : remplacez un carré de pelouse par quelques buissons qui attirent les papillons. Ajoutez-y quelques fleurs dont les abeilles sont friandes et votre jardin sera un peu plus sauvage. C’est aussi simple que cela.

 

Et qu’en est-il du jardin de l’Europe et de l’objectif de 1 million d’hectares de nature sauvage d’ici 2022 ? « Nous avons volontairement mis la barre très haut. D’une part pour nous lancer un défi et d’autre part parce que nous pensons vraiment que c’est faisable », précise Wouter. Et en effet, six ans plus tard, ils peuvent s’enorgueillir de quelques résultats remarquables.

 

Évidemment, la nature n’est pas statique. Wouter peut en témoigner : « Travailler de concert avec la dynamique en perpétuelle évolution de la nature est notre force, réagir aux changements est l’essence même de la vie. Rien n’est immuable, nous devons donc toujours trouver de nouvelles solutions. À cet égard, je me considère comme un pionnier. Quelqu’un qui ne sait que trop bien que la beauté d’hier ne sera pas nécessairement la beauté de demain. » Bien dit, Wouter !


Un safari en Europe

Rewilding Europe mise tout autant sur le retour de certaines espèces animales fondamentales (via le Bison Rewilding Plan et Rewilding Horses in Europe) que sur le retour de la nature à un état plus naturel et l’exploitation économique adéquate de cette nouvelle situation.

  • Via Rewilding Europe Capital, de petites startups peuvent obtenir un prêt pour leur projet de guides, B&B ou campement. 
  • European Wildlife Bank est un programme d’élevage pour espèces animales en voie d’extinction, tandis que le European Rewilding Network connecte entre eux les parcs naturels et les organisations dédiées à la nature pour mettre en place un échange de connaissances et d’expériences. 
  • La European Safari Company a également vu le jour et son offre comprend aujourd’hui :
    • Le camp à la belle étoile de Faia Brava au Portugal (ouest de la péninsule ibérique)
    • L’aventure bisons et ours en Roumaine (Sud des Carpates)
    • L’observation de la vie sauvage en Croatie (chaîne de montagnes Velebit)
    • L’observation d’oiseaux en Bulgarie (massif montagneux des Rhodopes)
    • L’observation d’oiseaux depuis un hôtel flottant en Roumanie (delta du Danube)
    • Les Big Five de l’Italie (Apennins)

C’est évident : en Europe, et donc en Belgique, il y a de nombreux animaux sauvages à observer. Augmentez vos chances d’en rencontrer avec ces conseils pour observer des animaux sauvages.


Envie de transformer votre jardin en un coin de paradis pour papillons ? Remplacez un carré de pelouse par quelques buissons qui attirent les papillons, ou faites de votre jardin un coin de nature sauvage.