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Ce photographe naturaliste se satisfait des petites choses

Pour Martin Dellicour, chaque jour commence dans les bois. En tant que photographe naturaliste et véritable amoureux de la nature, il est parti à la découverte du monde, même si les Ardennes sauvages continuent de l'attirer. C'est dans cette région qu'il a grandi et qu'il vit maintenant avec sa femme et ses trois fils. Pour lui, le bonheur réside dans la beauté de la nature, son cocon familial et les petites choses du quotidien, comme un pain croustillant maison.


Le paradis dans les Ardennes

Le photographe naturaliste Martin Dellicour se concentre au maximum sur les petits bonheurs de la vie. Dans sa région tranquille des Ardennes, entouré de sa femme et de ses enfants, il travaille dans son potager et fait du pain à base d'ingrédients locaux. Son miel est produit par ses propres abeilles : il en a 100 000 au total ! L'été, il n'hésite parfois pas à sauter dans l'étang de son jardin pour se rafraîchir. Au milieu des grenouilles, il remonte 30 ans en arrière, quand il était encore enfant et passait de nombreuses heures dans les étangs ardennais. Et lorsqu'il en ressent le besoin, il se retire avec un livre dans la cabane qu'il a construite dans le jardin pour ses enfants.

 

« Le principal est de se satisfaire des petites choses », ajoute Martin. « Je suis encore heureux chaque fois que quelqu'un salue l'une de mes photos sur les réseaux sociaux. Pourtant, cette photo n'est pas ma plus grande réalisation. Préparer du pain non plus, mais cela me rend heureux ! » Tout comme un voyage est plus qu'une destination, répète-t-il, la vie ne se résume pas à nos réalisations. Notre façon de faire importe également. C'est une question de conséquence, selon lui. Vous ne pouvez pas claironner que vous aimez la nature et en même temps acheter du pain industriel au supermarché.

 

Non pas que Martin pense être parfait ou veuille critiquer les autres. En décembre, il s'est rendu une semaine avec Tom, son fils aîné, dans les Abruzzes, en Italie, pour observer les loups dans la nature. « Un moment important entre père et fils », précise-t-il. « Mais nous avons bien sûr pris l'avion et mangé chez McDonald's en chemin. Il ne faut pas pour autant vous détester, parce que vous n'êtes pas parfait. Vous ne pouvez pas toujours faire le bon choix, mais le principal, c'est d'essayer. »


En tant qu'adulte, si un arbre, la lumière du soleil ou un oiseau qui fend l'air vous rend heureux, alors vous pourrez l'être dans de multiples situations.


Il souhaite inculquer à ses fils l'importance des petits bonheurs. « En ces temps incertains, il est difficile pour un parent de dire à ses enfants ce qu'ils doivent faire ou étudier. Je ne peux m'y résoudre. La seule chose que je puisse faire, c'est insuffler un maximum de joie dans leur vie. Et leur donner la capacité de le faire eux-mêmes plus tard, quand je ne serai plus là. La meilleure école, c'est celle de la nature ! J'y suis allé aussi ! Et maintenant, à mon tour, je dis qu'en tant qu'adulte, si un arbre, la lumière du soleil ou un oiseau qui fend l'air vous rend heureux, alors vous pourrez l'être dans de multiples situations. »


En harmonie avec la nature

Le soir tombe. La plupart des gens s'affalent devant la télévision, tandis que Martin est accroupi, seul au milieu d'une pinède, son appareil photo à portée de main. « Avant, j'avais de grandes ambitions », dit-il. « Je voulais être le meilleur photographe naturaliste et le meilleur graphiste. Aujourd'hui, je ne cherche plus à signer de telles prouesses. Je préfère prendre le temps tous les jours de faire ce que j'aime et d'accomplir les choses qui doivent être faites. » Comme sortir à n'importe quel moment de la journée et s'enfoncer dans les bois, dans l'espoir d'immortaliser un instant photogénique.


Avant, j'avais de grandes ambitions. Mais plus maintenant. Je préfère prendre le temps tous les jours de faire ce que j'aime et d'accomplir les choses qui doivent être faites.

Il a de la chance : quelques blaireaux sortent de leur terrier au crépuscule pour aller chercher de la nourriture. Les animaux s'approchent à cinq mètres, puis à quatre, trois… Apparemment, l'homme appuyé contre un arbre ne les impressionne pas. Ils se rapprochent ensuite même trop près pour une photo ! « Normalement, les animaux s'enfuient dès qu'ils détectent une présence humaine », précise Martin. « Ce sentiment de ne pas représenter un danger pour eux est exceptionnel ! »

 

À la nuit tombée, Martin reste encore un moment dans la forêt, désormais aussi sombre qu'une mine de charbon. Tous vos sens sont à la fête quand vous écoutez l'environnement. Martin vit en parfaite harmonie avec la nature pour ces moments intenses. Il se souvient notamment d'une rencontre fortuite avec une cigogne noire, un oiseau si insaisissable qu'il considère chaque observation comme « une rencontre avec le monstre du Loch Ness ». Il aime également se retrouver face à face avec des cerfs dans une forêt brumeuse. Les entendre bramer quand ils sont en rut est toujours un grand moment, même quand c'est la vingtième fois ! « Je suis alors aussi excité que quand je me suis promené seul dans les bois pour la première fois pendant mon adolescence. »

 

La nature est plus qu'un simple passe-temps. Martin affirme qu'il a besoin de sa dose quotidienne. « Quand je passe un jour sans aller dans les bois, ce n'est pas une bonne journée. Et inversement, je suis totalement dans mon élément quand je commence la journée dans la nature. » Le matin de notre entretien, il avait déjà observé un nid de mésanges huppées à six heures et demie. « C'est un petit oiseau comique, un punk qui a son caractère ! », précise-t-il.


Quand je passe un jour sans aller dans les bois, ce n'est pas une bonne journée. Et inversement, je suis totalement dans mon élément quand je commence la journée dans la nature.


Chaque jour, il passe des heures dans les sombres forêts ardennaises. Il s'assied au pied d'un arbre pendant un moment, observe, photographie et se promène. Son but est de découvrir de nouveaux endroits et d'envisager ceux qu'il connaît déjà sous un nouvel angle. Les forêts changent tout le temps. « Même si vous empruntez trois fois le même chemin sur une journée, il sera toujours différent », dit-il.


La photographie naturaliste prend du temps

Martin parle des Ardennes avec beaucoup de respect et d'amour. Il est d'ailleurs retourné dans la région avec sa femme Anne après leurs études en graphisme à Liège. Le calme et la tranquillité leur manquaient. « C'est le plus grand luxe dont nous disposons ici ! » Martin a beaucoup voyagé, mais se réjouit toujours de rentrer chez lui. « Ces bois sont un peu sauvages. Inutile d'aller loin pour s'en apercevoir. Avec le temps, je me rends compte que je n'ai pas besoin d'autant d'espace. Je peux m'appuyer contre un vieil arbre pendant des heures, m'imprégner de l'environnement et être parfaitement heureux. »


Je peux m'appuyer contre un vieil arbre pendant des heures, m'imprégner de l'environnement et être parfaitement heureux. 

L'amour de cet homme pour les Ardennes constitue une source d'inspiration fertile pour son travail. En effet, le retour à la maison est aussi l'occasion de reprendre un passe-temps né durant son adolescence : la photographie naturaliste. Chaque fois qu'il a un moment libre, il se promène dans les bois, à la recherche de belles images. Et s'il s'agissait au départ d'une passion, c'est aujourd'hui son activité principale. Ses photographies envoûtantes mettent la nature en scène dans un somptueux jeu de lumière et d'ombre, de contrastes, de silhouettes et d'explosions de couleurs. Le spectateur a ainsi toujours le sentiment qu'il était là !

 

Mais même si les photographies semblent spontanées, l'approche de Martin exige une patience d'ange ! Il l'a héritée de son père, qui l'emmenait observer les animaux le soir quand il était petit. Aujourd'hui, Martin se rend souvent dans les bois sans appareil photo. Il analyse les habitudes des animaux à l'aide de jumelles. Ces informations l'aident ensuite quand il veut prendre des photos. Il affirme que le résultat l'obsède moins que le processus en amont. Il revient parfois de la forêt sans photo, mais toujours avec le sourire aux lèvres !

 

« Je tiens à prendre mon temps pour bien faire les choses », explique Martin. Il n'aime pas l'idée selon laquelle le temps, c'est de l'argent. « Dans cette optique, il faut prendre une photo de la manière la plus efficace ou rapide possible. Mais c'est inimaginable dans la nature ! » Pour compenser, Martin travaille entre autres pour des services touristiques. L'argent qu'il gagne ainsi lui permet de vivre. Et parfois, de prendre trois jours pour faire une photo !


Qui est Martin Dellicour ?

Il a 40 ans.

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Il vit avec sa femme Anne (41 ans) et ses fils Tom (12 ans), Léon (3 ans) et Lucien (1 an) dans un petit village d'Érezée, au cœur des Ardennes.

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Il travaille comme photographe (naturaliste), vidéaste et graphiste. Il dirige une agence de design graphique avec sa femme : c'est beau.

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Il fait partie de la Team Nikon Belgique.

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Il prend des photos du paysage, des habitants et de leur esprit créatif, ainsi que des animaux de sa région natale, sous le nom Ardenne Sauvage, une série de documentaires sur Internet.

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Il a rassemblé ses œuvres dans le livre de photos À pas de loup.


Mieux vaut un petit bonheur qu'une grande ambition

Malgré son attachement pour les Ardennes, Martin se rend régulièrement dans le monde entier. Les paysages nordiques l'attirent particulièrement. Il n'oubliera jamais son expédition dans la nature norvégienne : il est resté coincé cinq jours dans une tente avec un ami lors d'une tempête de neige. Le vent soufflait, la neige était aveuglante, leurs téléphones ne captaient aucun signal et leur nourriture était gelée. « L'objectif principal n'était pas de prendre une photo, mais de nous assurer d'avoir de l'eau potable ! »

 

Selon Martin, il faut de temps en temps se sentir en danger pour apprécier le confort du quotidien. « Je reste parfois six heures dans les forêts ardennaises, mais chez moi, j'ai une table, un frigo et un lit. En Norvège, vous pouvez marcher en ligne droite pendant sept jours sans croiser une route ni rencontrer personne. Vous voyez uniquement des animaux. » Comme les renards bleus craintifs que Martin photographiera plus tard dans la semaine sur un arrière-plan blanc composé d'un tapis de neige. Ou les bœufs musqués, d'impressionnantes bêtes aux proportions préhistoriques. « Dans un tel environnement, quand vous êtes connecté à la nature, vous apprenez également beaucoup sur vous-même. »

 

Mais il ne doit pas non plus toujours risquer d'avoir les orteils gelés. Dans les Ardennes aussi, une leçon de vie peut se cacher derrière n'importe quel pin ou rocher. Comme vous le découvrirez dans le livre de photos de Martin, À pas de loup, « notre forêt intérieure et celle qui nous entoure ne font plus qu’une ». Chaque fois que Martin se faufile entre les arbres, il explore cette forêt intérieure. Cela s'apparente à une forme de méditation. « Vous revenez toujours un peu différent d'une bonne marche. Vous disposez de beaucoup de temps pour réfléchir et mettre les choses en perspective. Et vous vous aérez l'esprit. »

 

La forêt lui apprend à prendre son temps, que ce soit pour la photographie ou au quotidien. Martin nous conseille de suivre l'exemple de la nature et de prendre notre temps pour tout. Ne cédons pas à la tendance actuelle qui nous pousse sans cesse à nous dépêcher. Il se rend compte tout d'un coup que c'est déjà magnifique !


Conseils pour les apprentis photographes naturalistes

  • Prenez votre temps. « La nature ne vous permet jamais de faire quoi que ce soit si vous ne prenez pas votre temps. Il existe bien sûr une autre solution : vous pouvez payer pour photographier des animaux nourris dans un abri. Vous pourrez ensuite montrer de belles photos à vos amis, mais la veille et le lendemain, un autre photographe se tiendra à votre place. Le point de vue est toujours identique. Je préfère l'expérience. Et cela prend du temps. »
  • Observez la nature et apprenez à la connaître. « Il faut apprendre à connaître les habitudes des animaux, découvrir comment ils se déplacent dans la forêt du point A au point B et savoir comment la lumière tombe. L'observation est chronophage. Je passe en réalité peu de temps à prendre des photos. C'est vrai, il y en a beaucoup que j'aurais aimé prendre, mais elles sont heureusement gravées dans ma mémoire. Il m'arrive parfois d'aller dans les bois dix fois de suite et de rentrer bredouille. Et peut-être que la onzième sortie sera fructueuse ! »
  • Isolez-vous. « Une personne en forêt, c'est déjà une personne en trop ! Nous sommes des animaux, mais déconnectés de la nature. Même moi, qui aime cet environnement, je ne me comporte pas comme un animal sauvage. Je fais des erreurs, j'ai une odeur, je fais du bruit. Les animaux me détectent facilement. Ce n'est pas simple, même seul. Alors à deux, trois, quatre ou cinq, cela devient encore plus difficile ! »

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